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Matériel IA · 22 septembre 2026 · 15 min de lecture · L’équipe MDM AI Studio

IA et cartes graphiques : de la RTX 3090 à Rubin, ce qui a vraiment changé

Depuis 2020, les cartes graphiques sont devenues le moteur de l’intelligence artificielle. NVIDIA domine, AMD rattrape son retard, et les prix s’envolent. Derrière les annonces, un seul chiffre explique presque tout : la mémoire. Voici comment s’y retrouver, et quelle carte choisir selon que l’IA tourne dans votre bureau ou dans un datacenter.

Serveur IA multi-GPU NVIDIA assemblé par MDM Informatique à Mont-de-Marsan
Un serveur IA multi-GPU assemblé dans nos ateliers, à Mont-de-Marsan.

Pourquoi une carte graphique pour faire de l’IA ?

Un modèle d’IA comme ChatGPT ou Llama, c’est une énorme liste de nombres, les « paramètres », à multiplier entre eux des milliards de fois. Un processeur classique fait ces calculs un par un. Une carte graphique en fait des milliers en parallèle : elle a été conçue pour calculer les pixels d’un jeu vidéo, et ce sont exactement les mêmes opérations.

Chez MDM Informatique, nous l’avons appris sur le terrain : au début des années 2020, nous avons exploité pendant trois ans un parc de 700 cartes NVIDIA RTX en calcul parallèle. C’est cette expérience qui nous sert aujourd’hui à dimensionner les serveurs IA de nos clients.

Le chiffre qui compte vraiment : la mémoire

Les fabricants mettent en avant des « pétaFLOPS », c’est-à-dire la puissance de calcul brute. Pour faire tourner une IA au quotidien, deux autres chiffres comptent davantage.

La capacité mémoire, en Go, décide si le modèle rentre. Un modèle de 32 milliards de paramètres compressé en 4 bits pèse environ 18 à 20 Go. S’il ne tient pas dans la mémoire de la carte, il déborde vers la mémoire du PC et devient dix fois plus lent.

La bande passante mémoire, en Go/s, décide de la vitesse. L’IA fonctionne en deux temps. Elle lit d’abord votre question : cette phase dépend surtout de la puissance de calcul. Elle écrit ensuite la réponse mot par mot : cette phase dépend surtout de la vitesse de la mémoire, car pour chaque mot la carte relit tout le modèle.

Mots par seconde (maximum théorique) ≈ bande passante ÷ taille du modèle

Exemple avec un modèle de 19 Go :

  • RTX 5090 (1 792 Go/s) : environ 94 mots par seconde au maximum ;
  • Radeon AI PRO R9700 (640 Go/s) : environ 34 mots par seconde ;
  • mini-PC DGX Spark (273 Go/s) : environ 14 mots par seconde.

C’est un plafond théorique : en pratique on obtient un peu moins, mais le classement est toujours respecté.

Deux familles de mémoire : GDDR et HBM

  • GDDR (GDDR6, GDDR6X, GDDR7) : des puces mémoire soudées autour du processeur graphique, sur la carte. C’est la mémoire des cartes grand public et professionnelles : abordable, mais limitée à 96 Go au mieux aujourd’hui.
  • HBM (HBM2, HBM3, HBM3e, HBM4) : des piles de mémoire empilées directement contre la puce, dans le même boîtier. Beaucoup plus rapide et plus dense, beaucoup plus chère, elle est réservée aux accélérateurs de datacenter.
  • Mémoire unifiée (LPDDR5X) : une seule grande mémoire partagée entre le processeur et le GPU, comme sur les Mac ou les nouveaux mini-PC IA. Énorme capacité (128 Go), vitesse modeste.
GPUCarte graphique : mémoire GDDRPuces autour du GPU · 16 à 96 Go · jusqu’à 1,8 To/sGPUHBMHBMHBMHBMmême boîtier, liaisons très courtesAccélérateur : mémoire HBMPiles collées au GPU · 80 à 432 Go · jusqu’à 23 To/s
GDDR contre HBM : plus la mémoire est proche de la puce, plus elle est rapide, et plus elle est chère.

Notre indice de performance mémoire

Pour comparer des cartes très différentes, nous utilisons un indice simple : la bande passante mémoire, avec la RTX 3090 de 2020 comme base 100. Un indice de 200 signifie que la carte écrit, en théorie, deux fois plus vite qu’une RTX 3090 sur un modèle qui tient dans sa mémoire.

Cartes pour une utilisation locale (poste, serveur d’entreprise)

AnnéeCarteMarqueMémoireBande passanteIndice
2020GeForce RTX 3090NVIDIA24 Go GDDR6X936 Go/s100
2020Radeon RX 6900 XTAMD16 Go GDDR6512 Go/s55
2020RTX A6000 (pro)NVIDIA48 Go GDDR6768 Go/s82
2022GeForce RTX 4090NVIDIA24 Go GDDR6X1 008 Go/s108
2022Radeon RX 7900 XTXAMD24 Go GDDR6960 Go/s103
2022RTX 6000 Ada (pro)NVIDIA48 Go GDDR6960 Go/s103
2023Radeon PRO W7900 (pro)AMD48 Go GDDR6864 Go/s92
2025GeForce RTX 5090NVIDIA32 Go GDDR71 792 Go/s191
2025Radeon RX 9070 XTAMD16 Go GDDR6644 Go/s69
2025Radeon AI PRO R9700 (pro)AMD32 Go GDDR6640 Go/s68
2025RTX PRO 6000 Blackwell (pro)NVIDIA96 Go GDDR71 792 Go/s191
2025DGX Spark (mini-PC)NVIDIA128 Go unifiée273 Go/s29
2025Ryzen AI Max+ 395 (mini-PC)AMD128 Go unifiée256 à 273 Go/s27 à 29

Accélérateurs de datacenter

AnnéeAccélérateurMarqueMémoireBande passanteIndice
2020A100 80 GoNVIDIA80 Go HBM2e2 039 Go/s218
2020Instinct MI100AMD32 Go HBM21 229 Go/s131
2021Instinct MI250XAMD128 Go HBM2e3 277 Go/s350
2022H100 SXMNVIDIA80 Go HBM33 350 Go/s358
2023Instinct MI300XAMD192 Go HBM35 300 Go/s566
2024H200NVIDIA141 Go HBM3e4 800 Go/s513
2024Instinct MI325XAMD256 Go HBM3e6 000 Go/s641
2025B200NVIDIA192 Go HBM3e8 000 Go/s855
2025B300 (Blackwell Ultra)NVIDIA288 Go HBM3e8 000 Go/s855
2025Instinct MI355XAMD288 Go HBM3e8 000 Go/s855
2026RubinNVIDIA288 Go HBM420 000 à 22 000 Go/s≈ 2 250
2026Instinct MI455XAMD432 Go HBM423 300 Go/s≈ 2 490
Ce que montrent ces tableaux. En six ans, la bande passante des cartes locales a doublé, celle des accélérateurs de datacenter a été multipliée par plus de dix : l’écart entre votre bureau et un datacenter ne cesse de se creuser. Côté mémoire, AMD a souvent un temps d’avance (192 Go sur la MI300X face aux 80 Go de la H100, puis 432 Go sur la MI455X face aux 288 Go de Rubin). Enfin, les mini-PC à 128 Go peuvent charger de très gros modèles, mais les font parler lentement : indice 29, contre 191 pour une RTX 5090.

La puissance de calcul depuis 2020 : ×160 en six ans

La puissance d’une carte IA se mesure en TFLOPS, c’est-à-dire en milliers de milliards d’opérations par seconde. Le graphique utilise une échelle logarithmique : chaque ligne horizontale représente une puissance dix fois plus grande que la précédente. Les valeurs sont celles annoncées par les constructeurs, par carte.

NVIDIA datacenterAMD datacenterRTX de bureau
TFLOPS par GPU (échelle logarithmique)1001 00010 000100 00020202021202220232024202520262027A100 (2020) : 312 TFLOPS en FP16H100 (2022) : 1 979 TFLOPS en FP8B200 (2025) : 9 000 TFLOPS en FP4B300 (2025) : environ 15 000 TFLOPS en FP4Rubin (2026) : 50 000 TFLOPS en FP4MI100 (2020) : 185 TFLOPS en FP16MI250X (2021) : 383 TFLOPS en FP16MI300X (2023) : 2 615 TFLOPS en FP8MI355X (2025) : 10 100 TFLOPS en FP4MI455X (2026) : 40 000 TFLOPS en FP4RTX 3090 (2020) : 142 TFLOPS en FP16RTX 4090 (2022) : 660 TFLOPS en FP8RTX 5090 (2025) : 1 676 TFLOPS en FP4A100H100B200RubinMI300XMI455XRTX 5090RTX 3090
Précision de calcul utilisée : FP16 en 2020-2021, FP8 en 2022-2023, FP4 depuis 2025. TFLOPS dense par GPU, données constructeurs.

Comment lire ce graphique. Chez NVIDIA en datacenter, on passe de 312 TFLOPS (A100, 2020) à 50 000 TFLOPS (Rubin, 2026) : 160 fois plus en six ans, là où la loi de Moore classique ne promettait qu’un facteur 8. AMD suit une trajectoire très proche, avec un léger décalage : 10 100 TFLOPS en 4 bits pour la MI355X, puis 40 000 pour la MI455X.

Attention au piège : une grande partie de ce gain vient de la baisse de précision. Un calcul en 4 bits coûte environ quatre fois moins cher qu’en 16 bits. L’A100 calculait en 16 bits, la H100 en 8 bits, Blackwell en 4 bits. À précision égale (FP16), le gain réel entre l’A100 et la B200 est d’environ ×7, pas ×30. Et on ne descendra pas beaucoup plus bas que 4 bits sans dégrader les réponses : ce levier s’épuise.

Les cartes de bureau progressent aussi, mais moins vite : environ ×12 entre la RTX 3090 et la RTX 5090, là encore en partie grâce au passage en 4 bits.

Le vrai frein : la mémoire ne suit pas

Ce second graphique compare, chez NVIDIA en datacenter, la croissance de la puissance de calcul et celle de la bande passante mémoire, avec l’A100 de 2020 comme base 1.

Calcul, précision la plus basseCalcul à précision égale (FP16)Bande passante mémoire
Croissance depuis 2020 (échelle logarithmique)×1×10×10020202021202220232024202520262027A100 (2020) : base 1H100 : calcul ×6,3B200 : calcul ×29Rubin : calcul ×160H100 : calcul FP16 ×3,2B200 : calcul FP16 ×7,2H100 : bande passante ×1,6B200 : bande passante ×3,9Rubin : bande passante ×10,8H100B200Rubin×160×7×11
Base 1 = A100 (2020). Points : A100, H100, B200, Rubin. La précision FP16 de Rubin n’est pas publiée.

C’est ce qu’on appelle le « mur de la mémoire ». Depuis 2020, le calcul a été multiplié par 160 et la bande passante seulement par 11. Les puces savent calculer bien plus vite qu’on ne peut les alimenter en données. Or c’est la mémoire qui fixe la vitesse à laquelle une IA écrit sa réponse. Voilà pourquoi toutes les annonces de 2026 parlent d’abord de mémoire.

NVIDIA : l’histoire d’une domination (2020-2026)

  • 2020, Ampere (A100, RTX 3090). Arrivée des cœurs Tensor de troisième génération. L’A100 devient la carte de référence des laboratoires d’IA ; la RTX 3090 et ses 24 Go deviennent la carte des passionnés et des développeurs.
  • 2022, Hopper (H100) et Ada (RTX 4090). La H100 introduit un moteur dédié aux « Transformers », l’architecture de ChatGPT, qui calcule en précision réduite (FP8) pour aller deux fois plus vite. Elle devient la carte la plus convoitée du monde.
  • 2024-2025, Blackwell (B200, B300, RTX 5090, RTX PRO 6000). Deux puces réunies en une seule, un calcul en 4 bits (FP4) et, côté bureau, l’arrivée de la mémoire GDDR7. La RTX PRO 6000 et ses 96 Go deviennent la carte locale la plus puissante du marché.
  • 2026, Vera Rubin. Passage à la mémoire HBM4, qui triple presque la bande passante. Chaque GPU consomme environ 2 kW et doit être refroidi par liquide. NVIDIA ne vend plus des cartes, mais des armoires entières de 72 GPU.

La vraie force de NVIDIA, c’est CUDA. Ce langage de programmation, lancé en 2007, est devenu le standard de l’IA : presque tous les logiciels sont d’abord écrits et optimisés pour lui.

AMD : le challenger qui mise sur la mémoire

  • 2020, CDNA et MI100. AMD sépare ses cartes de jeu (RDNA) de ses accélérateurs de calcul (CDNA).
  • 2021-2022, MI250X. Elle équipe Frontier, le premier supercalculateur exaflopique au monde.
  • 2023-2025, MI300X, MI325X puis MI355X. AMD prend l’avantage sur la capacité mémoire : un modèle qui demande deux GPU NVIDIA peut tenir sur un seul GPU AMD.
  • 2026, MI455X et l’armoire Helios. 432 Go de HBM4 par GPU, 72 GPU par armoire, en réponse directe à Rubin.
  • Côté local : RX 7900 XTX, RX 9070 XT, Radeon AI PRO R9700 et Ryzen AI Max+ 395. Moins rapides, mais beaucoup moins chères à mémoire égale : la R9700 offre 32 Go pour environ le tiers du prix d’une RTX 5090.

Le talon d’Achille d’AMD, c’est le logiciel (ROCm). Il a longtemps été le frein principal. Début 2026, les cartes RDNA 4 ont enfin obtenu un support officiel sous Linux et Windows, mais la lecture de la question reste nettement plus lente que chez NVIDIA et certains outils demandent encore des réglages.

Quelle carte pour quel usage ?

Pour l’IA locale, dans votre entreprise

  • Cartes grand public (RTX 5090, RTX 4090, RX 9070 XT). Pour les tests, un poste de développement ou une petite structure avec un ou deux utilisateurs. Le meilleur rapport vitesse / prix, mais pas de mémoire ECC (qui corrige les erreurs), un refroidissement pensé pour un PC de jeu et 32 Go au maximum.
  • Cartes professionnelles (RTX PRO 6000, Radeon AI PRO R9700, W7900). Pour un serveur IA installé chez vous et partagé par toute l’équipe : plus de mémoire, format adapté aux serveurs, pilotes certifiés, garantie professionnelle. La RTX PRO 6000 pour la vitesse et les gros modèles sur une seule carte ; deux R9700 (64 Go au total) pour un budget maîtrisé, à condition que les logiciels sachent répartir le modèle sur les deux cartes.
  • Mini-PC à mémoire unifiée (DGX Spark, Ryzen AI Max+ 395). Pour prototyper et essayer de très gros modèles dans un boîtier silencieux et compact. Trop lents pour servir plusieurs utilisateurs en même temps.

Pour le datacenter

  • H100, H200, B200, B300, Rubin, Instinct MI300X à MI455X. Pour l’entraînement de modèles et les services d’IA à grande échelle. Mémoire HBM, liaisons ultra-rapides entre GPU (NVLink, Infinity Fabric), 1 à 2,3 kW par GPU, refroidissement liquide. Ils se vendent désormais à l’armoire, pour plusieurs millions d’euros.
  • Pour une PME, ce n’est pas un achat réaliste. On y accède en location chez un hébergeur, avec la question de la souveraineté des données.

Où va-t-on ?

  • La mémoire devient la priorité. Les constructeurs mettent désormais en avant la mémoire et les liaisons entre GPU plutôt que la puissance brute. La prochaine étape, la HBM4E, vise jusqu’à 4 To/s par pile.
  • La pénurie de mémoire devient un risque réel. Pour Rubin Ultra en 2027, NVIDIA pourrait descendre à 192 Go de mémoire, un tiers de moins que Rubin, faute de DRAM disponible. La même tension fait monter le prix des cartes de bureau.
  • Des puces spécialisées dans la rédaction des réponses. NVIDIA associe désormais à Rubin une armoire dédiée (Groq 3 LPX) dont les puces embarquent leur propre mémoire ultra-rapide. On sépare « lire la question » et « écrire la réponse » sur des matériels différents.
  • L’énergie et le refroidissement liquide deviennent incontournables. Avec près de 2 kW par GPU, un datacenter IA ressemble désormais à une infrastructure électrique lourde.
  • Un rythme annuel. AMD annonce la famille MI500 pour 2027 et la MI600 pour 2028 ; NVIDIA suit la même cadence.
  • Des modèles plus économes, une bonne nouvelle pour le local. Les modèles dits « MoE » (mélange d’experts) n’activent qu’une partie de leurs paramètres à chaque mot et répondent plusieurs fois plus vite à taille égale. À matériel égal, votre serveur fait tourner des IA de plus en plus capables.

Et pour votre entreprise, concrètement ?

Pour une TPE ou une PME jusqu’à 50 personnes, l’objectif n’est pas d’avoir la carte la plus puissante du monde. L’objectif est un serveur qui fait tourner un bon modèle de 20 à 70 milliards de paramètres, assez vite pour que personne n’attende, et sans que vos données quittent vos locaux.

Dans la pratique, nous assemblons une ou deux RTX 5090 pour un premier assistant IA, une RTX PRO 6000 quand plusieurs services l’utilisent en même temps, ou des Radeon AI PRO R9700 quand le budget prime et que les usages le permettent. Un conseil : la hausse du prix de la mémoire tire tous les prix vers le haut depuis 2025. Mieux vaut dimensionner juste, à partir de vos vrais usages, que surdimensionner par précaution.

C’est précisément le rôle de notre audit sur site

Nous identifions ce que vous voulez automatiser, puis nous choisissons le matériel qui y répond, ni plus, ni moins. Audit sur site à partir de 699 € HT.

Sources

Caractéristiques issues des fiches techniques des constructeurs. Les puissances indiquées sont des valeurs maximales annoncées, sans parcimonie (« sparsity ») ; les performances réelles dépendent du modèle, du logiciel et de la configuration.

Confiance partagée
Me CHANFREAU DULINGE

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